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 23. Sacrements et rites initiatiques.

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Jean Serlun



Nombre de messages: 247
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Localisation: Bourges
Date d'inscription: 14/04/2007

MessageSujet: 23. Sacrements et rites initiatiques.   Sam 23 Jan - 11:20

Chapitre XXIII (pages 158 à 164)

Les rites religieux et les rites initiatiques n’ont pas les mêmes buts car ils se rapportent à deux domaines différents, ésotériques et exotériques.
Les confusions qui peuvent arriver sont dues à la méconnaissance de cette distinction et aux similitudes extérieures que présentent ces rites.
Si la différence est très claire quand on considère les rites eux-mêmes, celle-ci est plus ténue en ce qui concerne une tradition comme l’hindouisme où la division n’existe pas mais où existe une transition presque insensible, graduelle entre exotérisme et ésotérisme, au point que certains rites pourront avoir un caractère mixte, voire intermédiaire.

Dans cette tradition hindoue, on rencontre un rite dont on peut se poser légitimement la question de son caractère initiatique ou non : il s’agit de l’upanayana, rite de rattachement effectif d’un individu à l’une des trois castes supérieures (dont il n’était auparavant que potentiellement membre).

Le samskâra :

Pour bien comprendre les choses, il faut définir le terme de samskâra que l’on traduit souvent par sacrement.
Mais le terme de sacrement est aujourd’hui trop lié à la tradition religieuse chrétienne pour qu’on puisse l’employer sans précaution concernant d’autres traditions. En fait, c’est la notion de sacrement qui rentre dans celle de samskâra, à titre particulier, et non l’inverse : les sacrements chrétiens sont des samskâras mais les samskâras hindous ne sont pas des sacrements.

Qu’est-ce qu’un samskâra : c’est un rite d’agrégation à une communauté traditionnelle, quelle que soit la forme particulière que revêt cette tradition. Dans le christianisme, cette fonction est remplie par les sacrements.

Même le mot « agrégation » reste imprécis car :

1. s’il désigne le rattachement même à la tradition il ne devrait s’appliquer qu’à un rite unique, celui par lequel ce rattachement est opéré d’une façon effective. Or, en réalité, dans une même tradition, il y a un nombre plus ou moins grand de samskâras : ainsi, l’agrégation dont il s’agit comporte une multitude de degrés ou de modalités qui, généralement, correspondent en quelque sorte aux phases principales de la vie d’un individu.

2. il peut donner l’impression d’une relation extérieure, comme celle de l’adhésion à une société. Alors qu’au contraire, il implique une assimilation « organique », résultat d’une véritable « transmutation » opérée dans les éléments subtils de l’individualité. On devrait donc plutôt utiliser le mot de intégration plutôt que d'agrégation car l’idée d’assimilation y est mieux rendue et rend plus compréhensible une multiplicité de degrés suivant que l’assimilation est plus ou moins complète et profonde.

Notons qu’une telle « transmutation » est commune aux samskâras et aux rites initiatiques (dîkshâ) : Dans les deux cas, il y a transmission ou communication d’une influence spirituelle qui, « infusée » par le rite, produit dans l’individualité la transmutation voulue.

Cependant, les effets de cette transmutation peuvent être limités à tel ou tel domaine déterminé, suivant le but propre du rite envisagé. Et c’est précisément par leur but, ainsi que par le domaine ou l’ordre des possibilités dans lequel ils opèrent, que les rites initiatiques diffèrent profondément de tous les autres.

Autre différence : les samskâras sont communs à tous les individus qui sont rattachés à une même tradition, c'est-à-dire à ceux qui appartiennent à un milieu déterminé, ce qui donne à ces rites un aspect « social » tandis que les rites initiatiques sont toujours réservés à une élite plus ou moins restreinte du fait de l’exigence de « qualifications ».

D’oû l’erreur des ethnologues et des sociologues qui emploient inconsidérément le terme d’initiation pour l’appliquer à des rites auxquels ont accès, à tel ou tel moment de leur existence, tous les membres d’un peuple ou d’une tribu : ces rites n’ont en réalité aucun caractère initiatique mais sont proprement de véritables samskâras.

Cela n’empêche d’ailleurs pas que, dans ces mêmes sociétés, il puisse y avoir des rites authentiquement initiatiques plus ou moins dégénérés (moins d’ailleurs qu’on le suppose souvent !) mais ils sont là aussi accessibles à certains individus, à l’exclusion des autres : tout cela devrait permettre d’éviter les confusions.

L’Upanayana :

L’upanayana consiste essentiellement dans l’investiture du cordon brâhmanique et donne accès à l’étude des Ecritures sacrées. Ce rite étant samskâra et non dîkshâ, il n’est donc pas considéré comme initiatique.
Le fait qu’il soit réservé aux membres des classes supérieures ne constitue pas une restriction élitiste de type initiatique : il est simplement inhérent à la constitution de la société hindoue.
De même, dans la société occidentale, le fait que certains rites soient réservés aux hommes (comme l’ordination chrétienne) et d’autres aux femmes ne les rend pas initiatiques pour autant : il appartiennent incontestablement à l’ordre exotérique.
En fait, cette seule qualification (appelée ârya) est nécessaire pour l’upanayana : ce rite est donc commun à tous les membres des trois castes sans exception ; c’est même plus une obligation qu’un droit, ce caractère obligatoire (directement lié à l’aspect social des samskâras) ne saurait exister dans le cas d’un rite initiatique. Le rite initiatique ne saurait relever de la moindre contrainte extérieure, fût elle morale.

Pour ce qui est de l’upayana, la caste n’est que virtuelle (ou même potentielle) tant que ce rite n’est pas accompli : il est nécessaire pour que l’individu puisse occuper une place et une fonction déterminée dans l’organisme social qui soit conforme à sa propre nature. Faute de cela, l’individu sera exclu de la communauté.

L’upanayana confère dont la qualité de dwija (« deux fois né ») : il est désigné comme une « seconde naissance ». Cette expression s’applique aussi à l’initiation mais encore au baptême chrétien qui n’est pas une initiation.

Comment se fait il que le même terme technique puisse être appliqué à la fois dans l’ordre des samskâras (y compris les sacrements) et dans l’ordre initiatique ?

En vérité, la seconde naissance en elle-même, et dans un sens général, est proprement une régénération psychique (et non spirituelle, sinon ce serait une « troisième naissance ») qui peut donc :

1) n’avoir que des effets psychiques, c’est-à-dire limités à une ordre plus ou moins spécial des possibilités individuelles,

2) ou au contraire être le point de départ d’une « réalisation » d’ordre supérieur : dans ce dernier cas, elle aura une portée proprement initiatique.

Problème particulier du baptême :

ce rite de « nouvelle naissance » présente dans sa forme même une ressemblance avec certains rites initiatiques, se rattachant d’ailleurs aux rites de purification par les éléments.

En fait, il faut considérer qu’il s’agit d’un rite exotérique modelé sur un rite ésotérique ou initiatique, comme l’ordination religieuse est une extériorisation de l’initiation sacerdotale ou le sacre des rois une extériorisation de l’initiation royale, ces fonctions ayant à un moment donné cessé d’être réservées à des initiés comme elles l’étaient antérieurement.

La hiérarchie des rapports normaux est alors rigoureusement respectée car, suivant ces rapports, les applications d’ordre moins élevé ou plus extérieur doivent procéder de celles qui ont un caractère plus principiel.

Si donc nous considérons des choses telles que la « seconde naissance » ou la purification par les éléments, c’est leur signification initiatique qui est en réalité la première de toutes et leurs autres applications doivent en être dérivées car c’est dans le côté « intérieur » que réside véritablement l’esprit même de toute tradition.
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Jean Serlun



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Date d'inscription: 14/04/2007

MessageSujet: Re: 23. Sacrements et rites initiatiques.   Sam 23 Jan - 11:24

Ce texte de Guénon peut paraitre un peu austère au premier abord.

Notre métaphysicien préféré prend le temps de nous expliquer des termes hindous qui ne sont pas familiers.

Néanmoins, il est nécessaire de les connaître et Guénon cherche toujours à nous donner le vocabulaire précis qui permettra de comprendre de quoi l'on parle et ce que l'on fait.

Par ailleurs, la tradition hindoue étant la plus proche de la tradition primordiale, ce qu'elle enseigne est d'une grande valeur pour le maçon spéculatif que nous sommes, perdu à l'extrême fin du cycle.
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Ness



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MessageSujet: Re: 23. Sacrements et rites initiatiques.   Sam 30 Jan - 13:28

Exotérisme qui n’aurait pu être sans Esotérisme, exotérisme, quelque part dégénérescence de l’ésotérisme ? ceci partant d’une « religion » originelle commune telle que l’animisme ?
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23. Sacrements et rites initiatiques.

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